Décryptage fiscal

Dispositif Jeanbrun : les conditions réelles avant de s'engager 9 ans

Publié le 24 août 2026 · Mis à jour le 2 septembre 2026 · Lecture 9 min

En résumé : le dispositif Jeanbrun ouvre l'amortissement fiscal à la location nue, à hauteur de 3 à 5,5 % par an selon le type de bien et le niveau de loyer, dans la limite de 8 000 € par an et par foyer fiscal. Il échappe au plafonnement des niches fiscales et s'applique partout en France, sans zonage. En contrepartie : un engagement de 9 ans, un loyer plafonné, un locataire sous conditions de ressources — et un rattrapage à la revente, l'amortissement déduit venant augmenter la plus-value imposable.

Six mois après son entrée en vigueur, le dispositif Jeanbrun reste mal connu, et les guides qui en parlent se contredisent sur plusieurs points. Voici ce que dit la source officielle, chiffres à l'appui, et ce que cela implique concrètement pour un investisseur.

Ce que remplace le dispositif Jeanbrun

Le Pinel a pris fin le 31 décembre 2024, laissant l'investissement locatif neuf sans dispositif de soutien pendant plus d'un an. Le plan Relance logement — dont le volet fiscal est couramment appelé « dispositif Jeanbrun », du nom de Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement — a été institué par l'article 47 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), et codifié à l'article 31 du Code général des impôts.

Sa logique diffère radicalement de celle du Pinel. Là où le Pinel offrait une réduction d'impôt forfaitaire calculée sur le prix du bien, le Jeanbrun repose sur une déduction des revenus fonciers — un amortissement, sur le modèle qui existait jusqu'ici uniquement en location meublée. C'est la première fois que ce mécanisme s'ouvre à la location nue.

L'investissement doit être réalisé entre le 21 février 2026 et le 31 décembre 2028, la date d'acquisition retenue étant celle de la signature de l'acte notarié.

Les taux d'amortissement : le neuf et l'ancien ne sont pas logés à la même enseigne

C'est un point que beaucoup de présentations résument à « 3,5 % à 5,5 % », en omettant que ces taux ne valent que pour le neuf. Dans l'ancien réhabilité, ils sont sensiblement plus faibles.

Niveau de loyerNeufAncien avec travaux
Intermédiaire3,5 %3 %
Social4,5 %3,5 %
Très social5,5 %4 %

Taux annuels d'amortissement appliqués à la base amortissable. Source : service-public.gouv.fr, fiche F39735, mise à jour le 21 juillet 2026.

L'amortissement est calculé sur le prix d'acquisition net de frais, diminué de 20 % correspondant à la valeur forfaitaire du terrain. La base amortissable représente donc 80 % du prix. Dans l'ancien, le montant des travaux de réhabilitation est intégré à cette base.

Point favorable rarement mentionné : l'amortissement se poursuit au-delà des 9 ans d'engagement, tant que le bien produit des revenus fonciers, jusqu'à épuisement des 80 %.

Le plafond : par foyer fiscal, pas par logement

C'est l'erreur la plus fréquente dans les présentations du dispositif. Le plafond ne s'applique pas à chaque bien, mais à l'ensemble de votre foyer.

La somme des déductions au titre des amortissements Jeanbrun ne peut pas excéder 8 000 € par an et par foyer fiscal. Ce montant est majoré :

La nuance a des conséquences pratiques : détenir plusieurs biens sous ce régime ne multiplie pas l'avantage fiscal, et le critère de majoration porte sur la répartition de l'ensemble de vos revenus locatifs amortis, pas sur le niveau de loyer d'un bien isolé.

Deux avantages notables, une incompatibilité

L'avantage n'entre pas dans le plafonnement global des niches fiscales, contrairement au Pinel, au Denormandie ou à Loc'Avantages. Le déficit foncier généré reste par ailleurs imputable sur le revenu global dans les conditions de droit commun, soit 10 700 € par an.

En revanche, opter pour l'amortissement interdit le régime micro-foncier, et le dispositif n'est pas cumulable avec la réduction d'impôt Denormandie sur un même logement. L'option est par ailleurs irrévocable pour le bien concerné.

Un exemple chiffré

Le ministère de la Ville et du Logement propose son propre exemple : un ménage achète en 2026 un appartement à 180 000 €, avec 30 000 € d'apport et 150 000 € empruntés. Après 10 ans de détention, le dispositif lui aura permis, selon cette source, de ramener son impôt sur les revenus locatifs à zéro et de déduire jusqu'à 16 000 € au titre de l'impôt sur le revenu.

Un calcul détaillé sur un bien neuf à 200 000 €, loué en intermédiaire :

PosteMontant
Base amortissable (80 % du prix)160 000 €
Amortissement annuel (3,5 %)5 600 €
Plafond annuel par foyer fiscal8 000 €
Économie d'impôt à TMI 30 % + 17,2 % de PS≈ 2 640 €/an

Sur les 9 années d'engagement, cela représente environ 50 400 € de revenus fonciers neutralisés. L'avantage croît mécaniquement avec la tranche marginale d'imposition : c'est un dispositif conçu pour les contribuables fortement imposés.

Un avantage fiscal ne fait pas une bonne opération

Loyer plafonné, engagement de 9 ans, rattrapage à la revente : le gain fiscal ne se juge qu'une fois rapporté au rendement réel du bien. Le simulateur Kadrix calcule le cash-flow, le rendement net et le gain de sortie. Gratuit, sans inscription.

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Le rattrapage à la revente

C'est le point le plus souvent passé sous silence, et il est pourtant explicite dans la documentation officielle :

« Pour le calcul de la plus-value retirée de la vente ultérieure du logement ayant ouvert droit au régime de la déduction au titre de l'amortissement, le prix d'acquisition de l'immeuble est minoré du montant des amortissements déduits. »

service-public.gouv.fr, fiche F39735

Autrement dit, chaque euro déduit pendant la détention augmente d'un euro la base imposable à la revente. Sur un bien amorti 5 600 € par an pendant 10 ans, ce sont 56 000 € qui viennent s'ajouter à la plus-value taxable.

C'est exactement le mécanisme appliqué au LMNP au réel depuis février 2025. L'avantage n'est donc pas supprimé, mais il est en partie différé : vous économisez de l'impôt pendant neuf ans et en payez une part au moment de la vente. Deux éléments l'atténuent : l'abattement pour durée de détention, qui exonère totalement d'impôt sur le revenu à 22 ans, et le fait qu'un euro payé dans dix ans vaut moins qu'un euro économisé aujourd'hui.

La conséquence pratique : le dispositif est d'autant plus intéressant que l'horizon de détention est long. Sur une revente rapide après les 9 ans d'engagement, le rattrapage absorbe une part importante du gain.

Les contreparties à chiffrer avant de s'engager

Le manque à gagner locatif sur neuf ans doit être comparé à l'économie d'impôt. Sur un bien dont le loyer de marché dépasserait nettement le plafond intermédiaire, l'écart cumulé peut annuler l'avantage fiscal — c'est le calcul central à faire avant de signer.

Un dispositif encore mouvant

Un projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement, en discussion au Parlement à l'été 2026, prévoit un assouplissement des conditions d'accès au dispositif. Les règles exposées ici sont celles en vigueur à la date de rédaction.

Compte tenu du caractère irrévocable de l'option et de la durée d'engagement, il est prudent de vérifier l'état du texte au moment de votre projet, et de faire valider l'arbitrage par un notaire ou un expert-comptable.

Questions fréquentes

Quels sont les taux d'amortissement du dispositif Jeanbrun ?
Ils dépendent à la fois du type de bien et du niveau de loyer choisi. Dans le neuf : 3,5 % en location intermédiaire, 4,5 % en social, 5,5 % en très social. Dans l'ancien avec travaux de réhabilitation lourde, les taux sont plus faibles : 3 % en intermédiaire, 3,5 % en social, 4 % en très social. L'amortissement porte sur 80 % du prix d'acquisition net de frais, la valeur du terrain étant fixée forfaitairement à 20 %.
Quel est le plafond de déduction du dispositif Jeanbrun ?
La somme des déductions au titre des amortissements Jeanbrun ne peut pas excéder 8 000 € par an et par foyer fiscal — et non par logement. Ce plafond est majoré de 2 000 € lorsque au moins 50 % des revenus issus des logements amortis sont affectés à la location sociale, et de 4 000 € lorsque au moins 50 % relèvent de la location très sociale, soit respectivement 10 000 € et 12 000 €. Le critère porte donc sur la répartition de l'ensemble de vos revenus locatifs amortis, pas sur le niveau de loyer d'un bien isolé.
L'amortissement Jeanbrun est-il réintégré dans la plus-value à la revente ?
Oui. La fiche officielle de service-public.gouv.fr est explicite : pour le calcul de la plus-value réalisée lors de la vente ultérieure du logement, le prix d'acquisition est minoré du montant des amortissements déduits. Concrètement, chaque euro d'amortissement déduit pendant la détention augmente d'un euro la base imposable à la revente. C'est le même mécanisme que celui applicable au LMNP depuis février 2025.
Le dispositif Jeanbrun entre-t-il dans le plafonnement des niches fiscales ?
Non, et c'est un avantage notable. L'administration précise que l'avantage n'est pas pris en compte pour le plafonnement global des avantages fiscaux, contrairement au Pinel, au Denormandie ou à Loc'Avantages. En revanche, opter pour l'amortissement interdit de bénéficier du régime micro-foncier, et le dispositif n'est pas cumulable avec la réduction d'impôt Denormandie sur un même logement.
À qui peut-on louer un logement sous dispositif Jeanbrun ?
Le locataire ne peut être ni un membre de votre foyer fiscal, ni un parent ou allié jusqu'au deuxième degré inclus — ce qui exclut vos parents, grands-parents, enfants, petits-enfants, frères et sœurs. Ses ressources doivent en outre respecter des plafonds réglementaires variables selon la zone géographique et la composition du foyer, et le logement doit constituer sa résidence principale.
Quels sont les plafonds de loyer en location intermédiaire ?
Pour les baux conclus en 2026 en métropole, les plafonds mensuels au mètre carré, charges non comprises, s'établissent à 19,71 € en zone A bis, 14,64 € en zone A, 11,80 € en zone B1, et 10,26 € en zones B2 et C sur agrément. Les plafonds applicables aux locations sociale et très sociale sont les mêmes que ceux du dispositif Loc'Avantages, et se simulent sur le site de l'Anah.
Le dispositif peut-il encore évoluer ?
Oui. Un projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement, en discussion au Parlement à l'été 2026, prévoit un assouplissement des conditions d'accès au dispositif. Les règles décrites ici sont celles en vigueur au moment de la rédaction : vérifiez leur actualité avant tout engagement, l'option étant irrévocable pour le logement concerné.

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Article pédagogique fondé sur la fiche officielle service-public.gouv.fr F39735 (mise à jour le 21 juillet 2026), l'article 47 de la loi de finances pour 2026 et l'article 31 du Code général des impôts. Un projet de loi en cours de discussion prévoit un assouplissement des conditions d'accès : vérifiez les textes en vigueur à la date de votre projet. Ce contenu ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal.